Barbe bleue

D’après Amélie Nothomb
adaptation et mise en scène Frédérique Lazarini
assistée de Lydia Nicaud
scénographie et lumières François Cabanat
costumes Dominique Bourde et Isabelle Pasquier
création sonore François Peyrony
chorégraphies Françoise Munch
vidéo Hugo Givort

avec Pierre Forest, Lola Zidi, Cédric Colas, et Helen Ley

Don Elemirio Nibal y Milcar est un noble espagnol qui vit seul dans un hôtel de maître du 7ème arrondissement de Paris dont il ne sort jamais. Par le biais d’une annonce, il propose à la location une grande chambre très confortable et anormalement bon marché. Saturnine, jeune femme très vive d’esprit et passionnée d’art, vient présenter sa candidature et apprend que, si huit femmes ont déjà obtenu cette colocation, elles ont aussi disparu. Et on n’a plus jamais entendu parler d’elles…

Quand une jeune fille aussi inoffensive que Boucle-d’or et aussi séductrice et vindicative que Dalila rencontre un étrange aristocrate solitaire et cultivé (et dangereux somme toute), qu’est-ce que cela produit ? Du mystère, beaucoup de mystère, du suspens, du fantastique, de l’humour aussi. Un conte subjuguant et troublant pour les adultes de tous âges.

Note d'intention

Le privilège des contes, par leur nature atemporelle, est d’offrir aux écrivains qui abordent leur réécriture, un espace de liberté, de contraintes ludiques, ou de re-création décalée. Ils peuvent se tenir assez sagement dans la trame ou la tordre, l’inverser, la contourner. Amélie Nothomb se saisit ici de la figure de Barbe-Bleue et l’inscrit dans une fiction contemporaine, tout en couvrant son héros d’une prestance presque anachronique… et d’une passion obscure (et très occasionnelle) pour la photographie argentique.

Ce Barbe-Bleue, comme celui de Charles Perrault, va à son tour donner accès tout entier à son luxueux appartement à la jeune héroïne, exception faite d’une seule pièce, la chambre noire, qui n’est pas fermée à clef (mais ne pourra plus s’ouvrir de l’intérieur). Saturnine apprendra que son hôte y pratique, derrière l’objectif de son Hasselblad, une drôle de technique d’immortalisation…

Loin du conte moral d’antan – la curiosité est un vilain défaut ! – le texte d’Amélie Nothomb tisse un formidable rapport de combat entre ces deux principaux protagonistes, la jeune femme étant ici à égalité avec « son séducteur », son prédateur. S’engage alors comme une passionnante partie d’échecs entre lui, Don Elemirio, le monstre (?), enfermé comme en un donjon dans une posture d’esthète, et elle, Saturnine, héroïne sagace et duelliste virtuose… prête à affronter toutes les rumeurs pour s’arracher au canapé-lit de banlieue de son amie Corinne et se laisser servir par Mélaine, le majordome mystérieux.

Car aussi l’univers de Don Elemirio est fascinant et l’on n’y renonce pas sans y avoir goûté : son amour des femmes, son sens inouï de la beauté, de l’art culinaire, de la haute-couture, des couleurs… sa noblesse, sa richesse, son érudition. Sans se laisser tenter par le « cabinet noir », on se laisserait presque prendre par la passion.

Pourtant la relation qui lie les deux héros est à la fois une relation cérébrale et sensuelle dont la sexualité ne sera jamais consommée… une rencontre à l’image de celle qui lie les personnages de Bunuel au cinéma, dont la quête d’amour et de désir est profonde, vertigineuse, mais avant tout fantasmée, rêvée. Tel Cet obscur objet du désir, ce Barbe bleue est une aventure où le danger, le meurtre, côtoient la tendresse, l’empathie, une subtile intelligence, un surnaturel jubilatoire.

Ce conte violent, qui émane de l’inconscient collectif, engendre ici une héroïne moderne, émancipée et audacieuse en proie à une masculinité archaïque, tentante et fascinante parfois, mais dangereuse et destructrice.

Amélie Nothomb sonde avec exaltation le thème du franchissement de la porte interdite en le transformant en une quête farouche de la vérité, de l’autre, de soi… son écriture est précise et concise mêlant, dans un style inimitable, une langue sobre digne de l’arte povera, et son pendant riche et florissant, à mesure que s’ouvre le secret.

Le cérémonial cultivé et sublimé par Don Elemirio évoque celui du théâtre, alors que ce démiurge, dans le faste de son somptueux refuge, trouve en la personne de Saturnine un public complice, une réplique féminine à sa hauteur… Comment résister à l’envie de porter le roman à la scène ? De faire entendre ces dialogues brillants, drôles, pétillants comme le breuvage d’or que porte à ses lèvres ce singulier duo ?

Si mon adaptation se veut fidèle, c’est avec une grande liberté que j’ai souhaité aborder l’univers de ce récit, en convoquant le conte d’origine, la magie des fées et les enchantements de Merlin. Car, dans notre théâtre, comme souvent dans l’oeuvre d’Amélie Nothomb, le réel flirte avec la fantaisie et le fantastique, pour mieux parler d’absolu, d’une morale inattendue et d’une toute autre vision du monde.

Frédérique Lazarini
Metteur en scène

INFORMATIONS PRATIQUES

à partir du 27 février 2023

HORAIRES

Mardi : 20h
Mercredi : 19h
Jeudi : 19h
Vendredi : 20h30
Samedi : 17h et 20h30
Dimanche : 16h

Attention, changement d’horaires à partir du 04 avril :

mardi : 20h30
mercredi : 20h30
jeudi : 20h30
vendredi : 20h30 
samedi : 17h et 20h30
dimanche : 17h

TARIFS

17.50€ : tarif unique « Soyez les premiers aux premières », valable du 27 février au 12 avril inclus 

Au-delà de cette date : 

35€ : tarif plein
28€ : tarif sénior / personnes en situation de handicap
15€ : tarif étudiants / jeunes -27 ans / demandeurs d’emploi / intermittents

BILLETTERIE

Sur place, par téléphone au 01 43 56 38 32 ou par mail à aatheatre@gmail.com
Du lundi au vendredi de 10h30 à 19h
Le samedi de 16h à 20h
Le dimanche de 15h à 18h