Françoise Sagan

Chroniques

Cabaret littéraire

1954 – 2003

mise en scène Anne-Marie Lazarini
assistée de Lydia Nicaud

musique Andy Emler
scénographie François Cabanat
costumes Dominique Bourde

avec
Guilherme de Almeida
Cédric Colas
Coco Felgeirolles
Anne-Marie Lazarini
Frédérique Lazarini
Sylvain Peyran

collaborations artistiques : Henri Coueignoux, Marion Duhamel, Hugo Givort ; techniques : Marie Malaterre ; administratives : Zoé Bizeur, Anne Jenny-Clark, Inès de Sousa, Julia Francisco , Kate Gérard, Ophélie Lesobre

Nos divertissements sont terminés. Ces acteurs, je vous l'ai dit déjà, étaient tous des esprits ; ils se sont fondus en air impalpable... les tours coiffées de nuages, les palais fastueux, les temples solennels, le grand globe lui-même avec tous ceux qui en ont la jouissance se dissoudront... sans laisser derrière eux la moindre vapeur. Nous sommes faits de la même étoffe que les songes et notre petite vie, en somme, la parachève.

William Shakespeare, La Tempête

Le mythe Sagan naît en 1954 dès la parution de Bonjour Tristesse.

Une vie, offerte jusqu’à la brûlure à l’ivresse de l’alcool, aux volutes de fumée de cigarettes, à l’étourdissement de la vitesse et la passion du jeu, aura donné les contours visibles d’une légende qui la suivra toute sa vie.

Son écriture, composée de phrases courtes, de formules justes, de pointes d’humour, sera assez tôt qualifiée de « petite musique ». On y décèle, infiniment sensible, la complicité touchante de l’auteur avec ses personnages, et s’y dessinent ses domaines de prédilection, comme la fragilité des liens amoureux, la vie facile teintée de sensualité, de cynisme et d’indifférence. La solitude, la langueur, sont au cœur de son oeuvre, parcourue de touches de tendresse, d’un brin d’amertume, et d’une généreuse désinvolture.

Françoise Sagan s’est souvent vu reprocher d’être la romancière frivole d’un milieu doré et passablement désenchanté.

Rouler vite, boire du whisky, vivre la nuit, correspondaient chez moi à des goûts évidents. Alors j’ai décidé de porter ma légende comme une voilette.

Il est pourtant une certitude bien plus largement partagée : sous cette désinvolture se cache un oeil attentif, sous le ton enjoué percent des blessures secrètes… et surtout, Françoise Sagan est profondément libre et c’est en toute liberté qu’elle s’exprime.

Elle aura donc pu écrire quand il le fallait sur un monde dont les inégalités lui sembleront criantes et s’engager chaque fois que cela lui paraîtra juste. Le cœur me bat comme on dit écrira-t-elle.

Son style classique, fluide, tissé de sobriété et d’éphémère, va éclater dans ses Chroniques qu’elle commence dès 1954, après le triomphe de Bonjour Tristesse, et qu’elle continuera jusqu’en 2003.

Elle a 19 ans et devient soudainement une proie consentante à toutes les curiosités et à toutes les attentions. Nombre de journaux la sollicitent, L’Express, Vogue, Egoïste…

Sa virtuosité – car elle est virtuose – réside dans son bonheur d’écrire. Elle ne s’attarde jamais, elle va à l’essentiel, le regard acéré et souvent humoristique.

Elle nous donne à voir la beauté de New-York ou le charme de Venise, nous confie sa fascination pour Orson Welles ou sa passion pour Billie Holiday. Ses Chroniques disent ses amitiés, ses admirations et révèlent ses penchants dévorants pour le jeu ou la vitesse.

Lorsqu’elle le juge juste, sa plume s’engage aussi, pour rendre hommage aux infirmières ou prendre la défense de Djamila Boupacha, torturée pendant la guerre d’Algérie.

Il lui suffit de quelques lignes pour convoquer la beauté, la fièvre ou la cruauté du monde, le charme d’un paysage, d’une musique ou d’un visage. Par le prisme d’un esprit libre, brillant et incisif, c’est toute une époque qui se dessine et, derrière elle, le portrait en filigrane de Françoise Sagan.

Anne-Marie Lazarini