EDITO SAISON 26-27

L'editorial des Athevains et du Theatre Artistic Athevains

Vous en avez sans doute eu écho, la situation de la culture est particulièrement alarmante en ce moment et le sera encore plus après le vote du budget, si le projet actuel est maintenu. La mobilisation est efficace, les vingt-huit structures culturelles les plus importantes de France voient s’éloigner pour 2026 les craintes sur leur financement et elles toucheront la totalité de leurs subventions annoncées.

Mais rien ne dit que dès 2027 cette baisse ne sera pas actée, mise en oeuvre, et ne s’étendra pas à d’autres acteurs culturels moins prestigieux, moins dotés, moins susceptibles de déclencher la campagne médiatique de cet été. Si les diminutions sont prévues, il sera encore plus difficile de s’y opposer et, après les salariés des entreprises touchées, ce sera vous, spectateurs, qui serez privés d’une partie de vos pratiques culturelles. Les subventions, vous le savez sans doute, sont d’une part ce qui permet de créer des oeuvres au moment où, pendant la période de répétition, aucune recette n’est possible et d’autre part de proposer des prix de places réduits tenant compte des situations de chacun.

Nous souhaitions donc vous donner matière à réflexion.

Pour faciliter votre information, nous joignons à cet éditorial deux documents édités par les deux principaux syndicats de la profession. Le Syndéac qui regroupe les entreprises du secteur public et Ekhoscène, celles du secteur privé (qui dépendent malgré tout des politiques culturelles mise en oeuvre par l’état ou les collectivités territoriales, régions, départements, villes…).

Vous souvenez-vous de l’exception culturelle française ?

Elle peut être résumée par les deux notions suivantes :

– la culture, et particulièrement la création, n’est pas un bien marchand comme un autre et ne doit pas dépendre de la loi du marché,

– la diversité culturelle doit être protégée.

Elle se caractérise par rapport à d’autres pays par le prix unique du livre, le financement très particulier du cinéma, l’abondance des festivals dans tous les domaines de la culture.

Cette singularité est souvent remise en cause, considérée comme obsolète en agissant à l’inverse de ses objectifs. Peut-être. Il n’empêche que vous l’avez peut-être lu aussi, la France est la première destination touristique du monde en raison de son offre culturelle prodigieuse.

L’exception n’y est peut-être pour rien. Il est pourtant difficile de ne pas y voir l’effet de la cause. Mais quoi qu’il en soit elle est menacée en 2027 par le budget en préparation : la culture cette année n’est plus une priorité budgétaire après l’avoir été très longtemps.

Cet éditorial alarmiste est exceptionnel dans nos relations avec vous et nous allons revenir au contenu habituel de nos lettres : vous donner des nouvelles de nos spectacles, vous parler de nos projets et de nos espoirs. Car au-delà des menaces il est aussi une réalité moins médiatisée mais tout aussi réelle : seule la mort, l’impossibilité physique, les mesures coercitives et autoritaires, réussissent à faire taire les artistes. Et pas toujours. Ils continuent à créer, à agir, comme si la délitescence du monde n’affectait pas la nécessité intérieure de continuer à le faire, envers et contre tout, malgré les attaques, malgré les remises en cause, malgré le peu de reconnaissance.

 

Nous venons donc vous donner de bonnes nouvelles de nos spectacles qui tournent beaucoup en France, qui connaissent de grands succès (et particulièrement à Avignon cet été), pourtant nous sommes en plein désarroi car nous ne savons pas combien de temps nous pourrons encore tenir. Toutes les aides que nous obtenions les années précédentes se rétrécissent ou disparaissent silencieusement, discrètement et, impuissants à nous y opposer, nous avons peur de ne plus être là, un matin. Sans faire de bruit.